Une grande page de l'histoire de l'Alpinisme
" Il y a un siècle tous les grands sommets des Alpes étaient gravis. Tous sauf un : la Meije.
Cette citadelle de glace et de granit devait opposer plus encore que le Cervin, une résistance acharnée aux efforts de assaillants....."
de Henri Issellin
Chez Arthaud
"L'élan et la beauté de la montagne, de ses piliers et de ses arêtes, peuvent suffire à expliquer cet engouement à nul autre pareil. Mais l'histoire y joue aussi un rôle : la première ascension qui date de 1877, marque en effet l'entrée en scène des français dans la conquête des grands sommets. Jusqu'alors, à l'exception du Mont Blanc dont la seule vraie difficulté était l'altitude, l'alpinisme était l'affaire des aristocrates anglais : les Whymper, Mattews, Coolidge, etc.
Ils avaient gravi l'Aiguille Verte, les Jorasses, le Cervin, l'Eiger et tant d'autres. Restait cette Meije que Whymper avait décrété inaccessible. Et voilà qu'un jeune alpiniste d'une bonne famille du Languedoc, Boileau de Castelnau, embauche deux guides de la vallée du Vénéon, les Gaspard père et fils, et réussit à gravir l'immense muraille sud dans la journée. L'exploit est d'autant plus retentissant que l'itinéraire présente des difficultés inhabituelles pour l'époque. Le père Gaspard, enterré à Saint-Christophe, est devenu une figure légendaire de l'alpinisme, particulièrement en Oisans."
extrait de l'album
"Par dessus les cîmes, les Alpes vues du ciel"
de Pascal Sombardier, chez Glénat.
La première de la voie normale du Grand Pic de la Meije
"Cette conquête a été un grand exploit, la montagne avait fait l'objet de nombreuses tentatives (vingt-cinq environ)...
Emmanuel De Castelnau (dix-neuf ans) et un habitant de la vallée dans la force de l'âge (quarante-trois ans), Pierre Gaspard, guide depuis seulement deux ans, sûrent trouver le point faible au cours d'une reconnaissance, le quatre août 1877. Ils franchirent le passage clé en chausssettes. Que ceux qui suivent aujourd'hui leurs traces les imaginent grimpant en chaussures à clous, à une époque où l'escalade rocheuse en était à ses débuts. Ils bivouaquèrent à la descente, sans équipement de protection. Pendant de longues années la Meije fut surnommée : "la grande difficile"..."
Extrait du "Guide du Haut-Dauphiné"
de François Labande, aux éditions l'Envol.
Quelques coups de mine l'abaisseraient de 25 mètres...
"...En fait de cupidité et de bêtise, on peut tout croire...
N'avons nous pas appris récemment que des "entrepreneurs" se proposent sérieusement de lancer, de La Grave au sommet de la Meije, un téléphérique ! Un pylône à la Grave,un autre au pic de l'Homme, un troisième à la Meijette, un dernier au Grand Pic; le problème, au point de vue technique, serait, paraît-il, fort simple.
Quand au sommet, trop étroit actuellemnt pour recevoir les touristes, quelques coups de mine l'abaisseraient de vingt-cinq mètres et, sur la plate-forme ainsi créée, on construirait un restaurant et une gare...
La Meije est devenue pour quelques-uns "une affaire". Une bien mauvaise affaire d'ailleurs... si l'on y réfléchit.
Supposons la Meije décapité, le câble tendu. Que resterait-il de la Meije ? Le spectacle d'une tristesse qui est celle de toute beauté avilie, une entreprise de panorama dont les touristes auraient tôt fait de dire que "ça ne paie pas", un ridicule sans issue pour les Français qui auraient toléré cet attentat.
Reconstruirait-on le sommet après la faillite ?"
Article paru en janvier 1934
dans "La Montagne"
Revue du CAF.